J'aurais dû en rester à la télé réalité

Je cherchais un ancien programme de télé réalité donc j’ai pris un essai gratuit de Paramount plus. Comme quoi il faut toujours bien vérifier les catalogues par pays, enfer et damnation, l’émission n’y était pas. Et comme j’ai revu ma notion de coûts irrécupérables dernièrement, j’ai cherché une émission à regarder quand même.

Une mini série avec Diane Kruger ? Elle est bien trop rare sur mon écran, allez go. J’ai donc lancé Little Disasters et c’était parti pour six épisodes de crise d’angoisse par procuration.

Car, trigger warning (avertissement de contenu, quoi) : cette série parle de parentalité sous l’angle des violences sur enfants, de violences conjugales, de santé mentale, gaslighting, bullying aussi.


On est souvent dans la tête de l’héroïne, ce qui permet de très bien décrire les phobies d’impulsion, ces pensées intrusives où l’on se projette, par exemple, en train de faire du mal à quelqu’un.

Diane Kruger affiche une expression imperturbable, que ses amis voient comme du calme, ou au fur et à mesure de sa charge parentale, qu’elle se renferme. A l’intérieur, c’est un effort chaque seconde pour contenir ses angoisses.

Le pire c’est que ça, c’est pas le scénario. On commence par la fille de Jess (Diane Kruger) qui a 10 mois et atterrit aux urgences pour une fracture du crâne. Une amie médecin est de garde, qui n’a d’autre choix que d’appeler les services sociaux.

Pendant tous ces épisodes, Jess a-t-elle frappé son enfant ou certaines scènes sont-elles uniquement des phobies d’impulsion ? Est-ce que c’est le mari, est-ce l’un des grands frères ?

On trouve à reprocher à ce couple, bien trop riche qui se croit au-dessus des services sociaux (d’après ces derniers), qui cache des choses, qui n’a pas vacciné ses enfants et s’adapte au benjamin sans proactivement diagnostiquer son autisme.

Les trois autres couples d’amis autour d’eux se déchirent, les dernières vacances ensemble qui se sont mal passées ressortent et tout le monde a des casseroles dans le placard (encore heureux pas des cadavres, manquerait plus que ça).

C’est tellement dur à supporter que je *devais* regarder la fin.

Spoiler, tout finit bien et mes nerfs sont très contents. Par contre mon regard critique est mort de rire. Il n’y aucune remise en question des services sociaux, dont on voit bien que le fonctionnement même implique une déstabilisation profonde des parents et une escalade de la situation. (ça ne dit rien de leur réel fonctionnement en Grande-Bretagne, ni que retirer la garde à des parents ne soit pas la chose à faire si nécessaire)

Le méchant est vraiment très méchant, très caricatural. Caricatural ? Qui n’a pas dit “Ohlala Michel il est con mais il est pas méchant”, en voyant un pote jeter sa meuf dans la piscine ? Parce que ça commence comme ça. Le type ne cache pas son aigreur et son envie d’argent, mais on connaît plein de gens comme ça, en option ils le cachent juste mieux.

Quand il gaslighte sa femme ce serait à montrer à l’école comme un violentomètre : “mais tu vas faire quoi si tu me quittes ? T’as pas de diplôme, qui voudra de toi ?”. Ce genre de choses, je sais qu’elles ont été prononcées dans mon entourage. Son fils commence à harceler d’autres gamins à l’école et lui ne voit pas le problème.

Les attitudes genrées sont très fidèles. A part ce type immonde, les autres maris veulent soutenir leurs femmes. Mais si l’un a l’air plutôt ok, l’autre force sans en avoir conscience sa femme à refaire une lourde procédure de fécondation in vitro, et le mari de Jess n’a pas l’air d’en foutre une ramée à la maison.

“Tout n’a pas à être rangé nickel voyons!” (dans ce cas, certes, puisque Jess a des TOC, mais combien de fois j’ai entendu ça). “Je suis moins à la maison mais c’est moi qui paye tout” : est-ce vraiment la priorité, hm ?

Jess a géré ses enfants jusqu’ici, comment admettre qu’elle n’y arrive plus ? Son mari lui fait des reproches et s’énerve, mais ne lui propose pas de solution concrète.

Les femmes paraissent divisées et semblent jouer aux commères au départ. Puis, comme dans Big Little Lies, elles s’organisent, elles se rendent service (sauf Charlotte qui joue la girlboss croqueuse de mari, beau cliché merci les scénaristes), tout en ayant un sacré paquet de merde à gérer chacune de leur côté. On pourrait dire qu’il y a une belle concentration de problèmes dans ce groupe d’amis, je pense que non. On a tous une amie en dépression post partum, l’autre est alcoolique, celui-là qui est un bully est celle-ci qui en est victime.

Le personnage de Jess faisait bien trop écho à mes efforts au boulot pour faire semblant que ça va, pour contenir mon angoisse jusqu’à ce que je sois seule, que j’arrive dans la voiture. Je me souviens des angoisses en vérifiant le matériel, qu’est-ce que je foutais là ? J’allais jamais y arriver. De ne plus pouvoir répondre aux “comment ça va”. Non ça ne va pas, mais j’essaye de serrer les dents et de continuer, alors laisse moi.

Je voulais regarder une émission à la con sur des cheerleaders, au final j’ai retenu ma respiration toute la journée.