La paix!

Je me déteste de ne pas avoir fait la paix avec ça.

Que ces souvenirs viennent me frapper me disant, tu ne vaux rien, tu seras oubliée sans problème. Causer de l’inquiétude à ma famille, c’est pire que tout. J’ai l’impression de prendre la place que je n’aurais pas dû prendre.

Darby me rassure d’un côté, je ne suis pas la seule à pleurer pour des souvenirs ridicules. “Ah mais si on offre un appareil photo à Ayu, il faut offrir la radio CD [qu’on a refusé] à Laska”. Mais je dois inventer ce genre de chose, n’est-ce pas ? Ou exagérer, c’était juste une fois comme ça, n’en fait pas une montagne. Et Darby est un personnage inventé, enfin.

Les souvenirs prennent une vie propre, une intention qu’il n’y avait pas, ou pas comme ça. Il n’y avait pas, d’intention. Tu vois, ce n’est pas le pire scénario, tu ne pourrais pas passer à autre chose ? Qu’est-ce que tu attends, qu’ils soient parfaits ? Ou est-ce que voudrais juste qu’on me croie ?

Dans mon entourage, on cherche juste à passer à autre chose, ou l’on ne me croit pas, et je préfère écrire qu’en parler et vomir toute cette bile inutile, destructrice, datée.

Autant de souvenirs négatifs, ce n’est pas normal. Je ne me sentais pas bien tout le temps. Au collège, avec le bullying, évidemment. Et ce qui semble un détail pour nombre de gens. L’humidité de la bruine constante. Le chauffage toujours trop bas. Ne pas arriver à m’endormir, terrifiée, des années et des années durant. Les vacances en montagne, entre soi, et chaque soir ce froid qui me glace, que je ne supporte toujours pas.

Voir les vieux gréements passer le long du fleuve à côté d’un champ qui pue, qui pue, qui pue. On peut s’en aller ? Non, on va passer des heures ici. Camper en Bretagne et l’odeur du lisier pas loin.

Tu sens les petites fleurs de cet arbre ? Non, je ne sens rien. Je ne sens que les odeurs très fortes et qui me dérangent. Les bons souvenirs se transforment, quand je vais encore moins bien, en mauvais. Caresser les chats devient angoissant, je ne m’en occupe pas bien, je suis impatiente, je n’en fais pas assez.

Il suffit de ne pas y penser, voyons. De se concentrer sur le positif. De respirer. De compter 5-4-3-2-1.

Moi, pour penser à autre chose, je regarde des séries…