Tu ne dors pas

— Tu ne dors pas ?

— Non. Tu n’arrives pas non plus ?

— Non, ça doit être la lune.

On a commencé à parler, à la lueur de cette jolie lune, à la table de la cuisine.

Moi, c’était pas la lune. Je lui ai déballé, toutes les petites piques, toutes les exclusions, les humiliations. C’était comme au collège avant que j’en change pour être avec ma copine. Cette même copine avec qui on était ensemble ces vacances-ci. Mais pas dans la même équipe. Harcelée par son équipe à elle, par une cheffe d’équipe qui m’aimait bien. Elle et ma cheffe, juste devant moi, ont rigolé qu’elles auraient bien voulu nous échanger.

Me faire hurler dans les oreilles par la coconne de l’équipe. Dire à une fille qu’on lui a parlé derrière son dos (jamais faire ça, jamais) et elle revient avec l’hypocrite en question qui dit que je mens. Les filles qui viennent me demander des comptes parce que sur mon pyjama il y a une étiquette (10 ? 12 ?) ans alors que j’en ai 13.

Les cheftaines, adultes, qui ne calculent rien. Chaque jour un petit laïus inspiré de la Bible et des règles des Guides de France, en mode ravi de la crèche aimévoulézunlézotres. Cinq minutes après, comme si ces mots n’avaient aucun sens, moquons-nous les uns des autres.

Ah si, les adultes ont fait une réunion d’équipe, une fois. Les filles ont râlé sur moi. J’étais pas très camping à la dure, un peu plus enfant qu’ado, pas du tout intéressée par Di Caprio, complètement autiste. Est-une raison valable ?

Je n’ai pas souvenir de ce qu’ont dit les cheftaines, qui avaient maximum 22 ans. Mais ça n’avait pas arrangé la situation.

— Papa, les Guides, c’est fini pour moi.